Une soignante en gériatrie raconte la COVID

Cela fait près d’un an que les soignants sont aux côtés des patients et de leur proche face à la COVID-19. Metz Métropolitain a pu obtenir le témoignage de Véronique (le prénom a été changé), infirmière dans un hôpital de Metz.

Véronique, est infirmière en gériatrie, un service dédié au traitement des maladies liées au vieillissement. L’ensemble des patients y sont âgés, très âgés. Ces patients font partie des personnes les plus vulnérables à la COVID. Les soignants, eux aussi, sont vulnérables ; exposés au virus et à une année encore plus éprouvante que les précédentes. Les patients et leurs proches souffrent des conditions des soin et, hélas, des décès. Entre les deux, comme gondoliers faisant le lien entre les vivants et les défunts, il y a les soignants. Continuellement exposés à la détresse humaine, ces femmes et ces hommes épongent les larmes comme Atlas portant le poids du monde sur ses épaules. Témoignage d’une infirmière de Metz en service gériatrie.

Des moments très difficiles pour les patients et leurs proches

Les personnes âgées de plus de 75 ans ne sont plus intubées car elles ne survivent pas au retrait de l’intubation, on utilise alors d’autres thérapeutiques telles que l’oxygénothérapie, les antibiotiques, la corticothérapie, … pour tout de même leur laisser une chance de voir la lumière au bout du tunnel. Et pourtant, malgré cela, minimes sont les chances qu’elle s’en sortent, minimes sont les chances qu’elle ne décompensent pas, qu’elles n’y restent pas. Les services de réanimation ne sont donc pas saturés de personnes âgées : les priorités vont aux personnes jeunes, on oriente alors les personnes âgées vers la gériatrie. Là, malgré les thérapeutiques, la rapidité des décès s’accélère ces dernières semaines et assure la libération des lits. La durée de séjour est de plus en plus courte. La vague actuelle est plus violente et intense que la première et maintenant mêmes les variants anglais, brésiliens, sud -africain sont présents. Face aux patients décédés l’équipe paramédicale dispose de 2 heures, selon un protocole, pour mettre sous housse mortuaire les corps des victimes. Deux heures, pour retirer le matériel et les présenter convenablement, avec les moyens du bord. Deux heures pour prévenir la famille et l’accompagner à faire le deuil de son parent, de sa mère, de son père, de son frère et ou de sa grand-mère… Oui, deux heures avant que la housse ne soient fermé et scellé, sachant qu’avec le COVID, les soins mortuaires ne sont plus réalisés. Le temps est compté. Mais comment dire adieu en quelques minutes à cette personne qu’on a tant aimé ? Comment accepter de le voir une dernière fois “emballé” dans une housse blanche qui seule laisse apparaitre le visage du défunt ? La situation peut sembler inhumain et pourtant chaque jour, ces mêmes gestes de soignants se répètent ; car la meilleure des générations, celle qui a survécu à la guerre, celle qui souhaitent maintenant profiter de leur retraite et des leurs, profiter de leurs enfants et petits-enfants, cette génération-là est en train de mourir.
Durant les hospitalisations, les visites sont interdites sauf lorsque l’on peut encore accompagner son proche en fin de vie sur décision médicale. Et encore faut-il pour cela en avoir le temps, car le virus est brutal et instable, et frappe sans prévenir. La décompensation arrive vite. Peu de patients ont la chance d’être entourés de leurs proches pour partir et beaucoup s’en vont seuls ou avec la main tendue d’une infirmière. Oui, elles sont souvent le seul contact du patient isolé dans ces moments-là.

Véronique, infirmière en service gériatrie d’un hôpital de Metz

Une période éprouvante pour les soignants

Le personnel tente de rassurer les familles le matin-même, à l’autre bout du fil, inquiètes pour leurs proches avant de les rappeler parfois le jour-même pour leur annoncer un décès foudroyant et inattendu. Les décès s’enchainent et sont durs à vivre au sein même de l’équipe. Un soutien psychologique serait le bienvenu, mais personne ne sait où sont les psychologues, pourtant présents au sein de l’établissement. Le personnel médical se débrouille seul et s’en sort souvent grâce à l’équipe, au sein de l’équipe. Grâce à la solidarité, par des temps de discussion, lorsque certains décès les interpellent plus que d’autres. Plus simplement par une oreille tendue ou une activité personnellement enrichissante en dehors du temps de travail, lorsqu’ils ne sont pas rappelées sur leur temps de repos. Car oui, toutes les collègues ne tiennent pas le coup dans ce service. Le personnel présent, déjà éreinté tente alors de combler les manques humains. Malgré la peur toujours constante du virus accentué par l’arrivée des variants, malgré les protections parfois encore manquantes, malgré les nouveaux protocoles d’hygiène, malgré la peur d’être un parasite pour son entourage, malgré tout, cette équipe est là pour soigner au mieux votre proche et l’aider à lutter contre le COVID.

Véronique, infirmière en service gériatrie d’un hôpital de Metz

Une situation sanitaire qui exige de s’adapter continuellement

La Direction générale de la Santé a diffusé une circulaire intitulée “Organisation de l’offre de soins en prévision d’une nouvelle vague épidémique”. Cette circulaire, adressée à tous les hôpitaux en France, met en place une organisation de crise dès le jeudi 18 février. L’opération vise à augmenter le nombre de lits disponibles tout en mobilisant un maximum de personnel.

Aux soignants, aux patients, à leurs proches, Lorraine vous garde



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