moselle deracinee

Moselle Déracinée : commémorations

Du 28 au 31 octobre, les Mosellans pourront redécouvrir la période troublée de septembre 1939 à l’été 1940 où 400 000 personnes ont été évacuées de force. Un pan méconnu de l’histoire du département qui ressurgit aujourd’hui grâce à une série de manifestations. Rarement enseignés dans les livres d’histoire et peu transmis dans les familles, les premiers mois de la Seconde Guerre mondiale ont pourtant marqué durablement la Moselle et ses habitants. Malgré les 300 000 personnes évacuées de force en 1939 puis les 100 000 supplémentaires expulsées en 1940, ce pan de l’histoire disparaît peu à peu des mémoires avec ses derniers témoins.

Du 28 au 31 octobre, Moselle déracinée convie à une une grande série d’événements qui veut mettre en lumière le destin de ces hommes et de ces femmes. Ces événements convient le public à découvrir cette part d’histoire méconnue, à commémorer et à remercier, au travers de rendez-vous tels que des expositions, des spectacles, des commémorations et des animations.

Ces 300 000 Mosellans, qui ont été jetés sur les routes de la Moselle, qui se sont retrouvés embarqués soit dans des bus, soit qui devaient partir avec ce qu’ils avaient, certains des automobiles, d’autres des remorques attelées à des animaux. Ils se sont retrouvés à la gare, engagés dans des wagons à bestiaux durant des jours et des nuits. Ils sont arrivés dans des départements qu’ils ne connaissaient pas et n’imaginaient pas. Ils étaient ces réfugiés, ces 300 000 mosellans, ces hommes, ces femmes, ces personnes âgées, ces enfants. 300 000 de nos concitoyens qui ont quitté de force leur territoire.

Patrick Weiten, Président du Conseil Départemental

Deux témoignages touchants

Lors de la soirée de présentation de l’initiative Moselle Déracinée, deux de ces mosellans déracinés, Mme Moulin et Monsieur Ziegler témoignent.

Né en 1937, en septembre 1939, j’ai deux ans, mon frère n’a que quelques mois. A ce moment, mon père est prisonnier à Bataville. Le voyage a duré quelques jours avant d’arriver sur place, avec toutes les difficultés qu’on peut imaginer : nourriture, boisson, promiscuité, c’était extrêmement difficile. J’arrive dans la vienne. La famille s’est retrouvée à Yutz en 1940, alors occupée par les allemands. En 1944, les américains passent la Moselle entre Thionville, Illange, Guénange et Bertrange. Quelques semaines avant, toute la famille est expulsée de Yutz, pour aller où ? On n’en savait rien. Mes parents, avec quatre enfants, installent les deux petits à l’arrière d’une charrette, que les plus âgés tractent à la force de leurs bras, j’ai sept ans. Il m’est très difficile aujourd’hui de raconter ça, surtout en mémoire de mon père et de ma mère, qui ont vraiment traversé des moments très très difficiles, que je ne souhaite à personne.

Monsieur Ziegler, mosellan déraciné

Quand je suis expulsée avec ma famille, le 21 novembre 1940 à sept heure du matin. Un officier allemand, accompagné d’un soldat en arme nous informe que nous avons vingt minutes pour évacuer. Mon père, commerçant, est entrepris par l’officier allemand qui lui réclame l’accès à son coffre. Ma mère prépare une valise en dissimulant sous le fond documents et argent. La mère de famille lui demande de mettre plusieurs couches de vêtements sur elle. La famille arrive à la gare, dans l’attente, la seule vue d’un officier allemand fait trembler la fillette d’alors. Le soir rempli, les évacués ne savent pas si le train partira en direction de la France ou de l’Allemagne. L’annonce du départ en direction de la France apporte un réel soulagement. Durant deux jours et demi, le train part et s’arrête. Enfin nous arrivons à Macon, à la ligne de démarcation entre la zone occupée et la zone libre. Sur les quais, la garde mobile présente les armes aux réfugiés. A la vue de ces forces françaises, tous les occupants quittent le train, drapeaux français à la main et entonne la marseillaise. Nous sommes allés chez mon oncle et ma tante. On prenait la soupe populaire à l’école. Mon père trouve un travail et un appartement. On ne pouvait pas quitter la ville sans avoir un document d’un proche attestant qu’il prenne en charge notre hébergement. Une amie de mon grand-père habite Saint-Étienne, elle y travaille au ravitaillement général. Elle trouve un travail à mon père. Nous y trouvons un jardin populaire dans lequel nous cultivons nos légumes. Nous rentrons à Metz, sous occupation allemande. A l’école, il fallait parler allemand, comme je ne comprenais pas, à chaque fois que je me trompais, je recevais un coup sur la tête. Au bout de huit jours, je pleurais tellement que ma mère m’a donné l’école à la maison. Je tiens à dire que ce qui est arrivé peut toujours se produire.

Mme Moulin, mosellane déracinée

PROGRAMMATION

  • PODCASTS
    20 témoins racontent leur histoire : série de podcasts inédits sur France Bleu Lorraine Nord et Radio France et en vidéos sur la chaîne Moselle TV.
  • ANIMATIONS
    les bibliothèques et médiathèques du Réseau de la Lecture Publique proposent des animations sur ce thème du 21 septembre au 30 novembre 2021.
  • EXPOSITION
    « De gré ou de force L’expulsion des Mosellans, 1940-1945 » aux archives départementales de la Moselle à Saint-Julien-lès-Metz jusqu’au 18 avril 2022.
  • EXPOSITION
    « Robert Schuman et les réfugiés septembre 1939 – juillet 1940 » Maison de Robert Schuman – Scy-Chazelles du 23 octobre 2021 au 3 avril 2022.
  • FILM
    Docu-fiction « Journal d’un exil : l’histoire d’une famille face au déracinement de la Moselle », diffusion sur Moselle TV le vendredi 29 octobre.
  • BANDE DESSINÉE
    « La Moselle déracinée. Les évacués, expulsés et déplacés de Moselle entre 1939 et 1945 »
  • BD INTERACTIVE
    « La Moselle déracinée – un exil intérieur »

PARTAGER CET ARTICLE :