Les français complotistes, fâchés avec la science ? L’université de Lorraine répond

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L’Université de Lorraine a mené un sondage national intitulé “Les Français et la science”. Les Français sont-ils complotistes, boudent-il la science, lui font-ils confiance ?

La 8e édition de cette étude a été menée du 28 octobre au 27 novembre 2020 auprès de 3 500 personnes, dans le cadre de Science & You, l’événement de l’université dédié à la culture scientifique, technique et industrielle. C’est la plus longue série de données au monde sur la relation à la science dans la population, ses données remontant jusqu’en 1972. Par la suite, six autres enquêtes ont été menées : 1982, 1989, 1994, 2000, 2007 et 2011. Contexte sanitaire oblige, l’étude a été complétée de questions liées à la COVID-19.

L’enquête a démontré que le niveau de confiance des français envers la science et la communauté scientifique est homogène à travers l’ensemble de la population. Contrairement aux idées reçues, pour exposer la vérité sur le coronavirus SARS-COV2, 83% des participants font “un peu” ou “beaucoup” confiance aux scientifiques pour exposer la vérité sur le coronavirus SARS-COV2. Ils sont 92% à faire confiance aux médecins sur ce sujet.

Les résultats complets de l’étude seront présentés lors du colloque Science & You, du 16 au 19 novembre au centre des congrès Robert Schuman de Metz.

En 2020, 3 500 Français venant de tous horizons ont été interrogés en ligne sur leur vision de la science en pleine pandémie de Covid19. L’échantillon de l’enquête couvre toutes les régions et est stratifié par sexe, âge et niveau d’éducation pour être représentatif de l’ensemble de la population française. Dernier volet d’une longue série d’enquêtes remontant à 1972, « Les Français et la science en 2020 »est l’équivalent français d’initiatives menées aux États-Unis depuis 1979 et au sein de l’UE depuis 1989. Cette enquête est la huitième d’une série d’études françaises, qui fut initiée en 1972 par Frédéric Bon et poursuivie chaque décennie par Daniel Boy (Science Po, CEVIPOF). L’Institut Hubert Curien a parrainé à juste titre la huitième édition de cette série qui avait été lancée l’année même où M. Hubert Curien était devenu Délégué général à la recherche scientifique et technique.

La science est une affaire mondiale, une compétition mondiale visant l’excellence, la recherche de ressources et le recrutement de chercheurs qualifiés. Cependant, la culture scientifique, la compréhension par le public et son engagement envers la science, restent une affaire nationale, voire locale. Les gens vaquent à leurs occupations quotidiennes et prêtent attention ou non à la recherche scientifique, manifestent de l’enthousiasme pour des sujets particuliers, ignorent la plupart des autres, mais, dans l’ensemble, se forgent des opinions et des attitudes par rapport aux sciences et gardent certaines réserves sur les avantages et les risques que celles-ci peuvent leur apporter à eux-mêmes, mais aussi à la société. De nombreuses personnes s’inquiètent des défis mondiaux que représentent le changement climatique, le vieillissement de la population, ou encore l’apparition de l’intelligence artificielle ; et certaines personnes recherchent des solutions alternatives à leurs principaux problèmes personnels. La représentation sociétale de la science reprend tous ces aspects, et la présente étude s’attachera à examiner cette représentation dans la France du XXIe siècle.

Cette étude nous permettra de caractériser la culture scientifique française grâce à de nombreuses variables et de leurs corrélations. Les indicateurs de cette représentation sociétale de la science comprennent : les images de la science, la littérature scientifique, les promesses et les réserves, la sensibilisation aux développements novateurs, les intérêts particuliers, la recherche d’informations, les formes d’engagement et les intrications dans la médecine ou les pratiques alternatives, ainsi que les attentes portées par les développements technicoscientifiques innovants, dont l’IA et les VA, et tout cela à la lumière de la situation sanitaire liée à la Covid19. L’enquête mesure également les traits de personnalité tels que l’impulsion utopique, la tendance à la conspiration, l’ouverture à de nouvelles expériences et à l’innovation et la relation à la culture scientifique. Toutes les variables peuvent être cartographiées en variables sociodémographiques afin de caractériser la culture scientifique de la France d’aujourd’hui sous forme de représentation complexe. Nous nous attendons à ce que les résultats révèlent que le public français montre une sophistication dans sa vision de la science, mais qu’il est informé de manière disparate. Les Français ont néanmoins des attentes pour participer aux décisions qui affectent leur avenir.

Comme de nombreuses données ont été relevées dans les précédentes enquêtes effectuées depuis 1972, nous pourrons mettre en évidence les tendances françaises dans les perceptions du public et examiner les effets des cohortes générationnelles par tranche d’âge. Les Français ont eu des expériences de vie très différentes au cours de leurs années de formation et peuvent donc laisser apparaître des attitudes différentes à l’égard de la science. Ces tendances nationales seront comparées à des données similaires disponibles aux États-Unis et à travers l’Europe.

En 2021, nous éditerons le compte rendu de la toute dernière des enquêtes françaises sur les attitudes à l’égard de la science. Les résultats de cette enquête seront dévoilés lors de la 3e édition internationale du colloque Science & You 2021qui se tiendra à Metz du 16 au 19 novembre 2021. Le rapport final sera publié lors de cet évènement et les données seront rendues publiques afin que d’autres chercheurs puissent étudier la culture de la science et son évolution en France au cours des 50 dernières années. Cette enquête sur les attitudes des Français à l’égard de la science concerne, mais aussi contribue, aux débats actuels relatifs à la science dans la société.

Martin W BAUER, London School of Economics and Political Science [Président du comité scientifique]
Michel DUBOIS, Groupe d’Etude des Méthodes de l’Analyse Sociologique de la Sorbonne
Pauline HERVOIS, post-doctorante, CREM


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