culture

Des Livres à soi : faire à son enfant le cadeau d’une lecture à haute voix

Ils sont libraires, bibliothécaires, éditeurs, passeurs de livres en tout genre et, bien sûr, auteurs. Ces professionnels, qui placent le livre très haut, n’ont qu’une seule envie : susciter le désir de lire. Aujourd’hui, lire pour la petite enfance (5/6).

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© Ted Paczula

« Revitaliser la relation qu’entretiennent les jeunes générations avec la lecture », tel est l’un des axes majeurs de la mobilisation du gouvernement pour cette Grande cause nationale. Les mesures prises consistent à amplifier les actions lancées depuis 2017 et à lancer de nouvelles initiatives. A cet égard, l’opération « Des Livres à soi » est emblématique de cette convergence vertueuse de projets remarquables soutenus par l’État.L’idée cette opération est simple : aider les parents à tisser des liens avec leurs tout-petits autour du livre. Une lecture du soir, à voix haute, par exemple. Pour un enfant, recevoir un tel cadeau est fondamental.Sylvie Vassalo, lire à haute voix et s’approprier des livres dès l’enfance, est-ce là que s’enracine la pratique de la lecture ?Certainement, car la lecture partagée, c’est avant tout une expérience intime. L’album est un média entre le parent et l’enfant, le lieu d’une rencontre très particulière. Et pour faire cette expérience, il faut en avoir avec soi. Lorsque le ou les livres, les histoires qu’ils racontent, prennent une grande importance, ils symbolisent une transmission, un moment, un souvenir très fort. On se les approprie. Ils prennent une grande valeur. Il est important de pouvoir les garder et d’en faire sa bibliothèque familiale. Bref, d’avoir des livres à soi. Cette expérience compte pour toute une vie.D’où le nom de ce dispositif, créé en 2014 : Des livres à soi. A quelle nécessité répond-il ?Il répond à un état de fait malheureux : beaucoup trop de parents manquent de pratique régulière de lecture avec leurs enfants. Or l’on sait combien cela est important, plus tard, pour la réussite scolaire, pour l’épanouissement de soi, pour l’imaginaire. La lecture à voix haute développe les capacités socio-émotionnelles dès le plus jeune âge. Par là, très vite, les enfants comprennent mieux leurs émotions et réfléchissent mieux le monde où ils se trouvent. C’est pourquoi, depuis 5 ans, avec ce dispositif « Des livres à soi », nous allons dans les quartiers les plus déshérités, pour sensibiliser, encourager, familiariser, entraîner la pratique de la lecture dans le cadre familial.Concrètement, comment ça marche ?Le principe est de soutenir et de former des parents qui sont eux-mêmes en difficulté à l’égard de la lecture.  Ils ont beau être convaincus de l’importance du livre pour les enfants, ils se sentent désarmés, pour tout un ensemble de raisons, face à l’injonction de recourir au livre de jeunesse en famille. En partant de la lecture par l’image, dans le cadre d’ « ateliers-parents » animés par des professionnels du champ social et éducatif, ils peuvent acquérir aisément des compétences de « raconteurs d’histoires », et s’emparer des albums pour les partager avec leurs enfants.

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MAY BSIP BSIP via AFP

La longévité du projet prouve son efficacité. Que vous disent les parents à cet égard ?Je ne saurais trop vous dire combien les situations peuvent être transformées et j’aurais de nombreuses anecdotes à vous rapporter. Le sentiment unanime des parents est l’étonnement. Ils s’étonnent qu’il soit si facile et si naturel de rapporter des livres à la maison et de les lire en famille. Ils s’étonnent aussi de voir la puissance des images et des mots dans l’imaginaire de leurs enfants. Mais il y a d’autres effets, comme chez ce couple qui découvre que ce bâtiment devant lequel il passe tous les jours est une bibliothèque : le livre et les lieux du livre deviennent visibles, familiers, amicaux, hospitaliers…Les ateliers sont animés par des professionnels du champ social. Est-ce un plus, à vos yeux ?Certainement. Que des professionnels, qui d’habitude fréquentent ces familles plutôt pour des raisons sociales, comme l’accompagnement à la scolarité ou la recherche d’un lieu de garde, les accompagnent cette fois pour leur parler de livre, de lecture, de littérature, produit chez ces parents une toute nouvelle approche de la langue, libérée de ces questions parfois angoissantes. Cette approche ne les écarte pas pour autant du quotidien, elle les rend même plus apte à le prendre en charge. On voit, par exemple, des parents se sentir plus à l’aise pour aider leurs enfants à suivre leur scolarité.Mieux encore, certains parents, qui se sont formés au partage d’albums avec cette méthode, choisissent de devenir eux-mêmes « formateurs », l’année suivante. Ils se saisissent de l’action culturelle pour prolonger cette expérience, en la faisant partager à d’autres familles.Très vite, le dispositif ne s’est plus limité à la Seine-Saint-Denis. Comment s’est accompli ce changement d’échelle ?Initié en 2014-2015, le projet a été labellisé « agir ensemble contre l’illettrisme » par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI). Il s’est depuis déployé à l’échelle nationale grâce au soutien du ministère de la Culture. Le procédé est simple : l’équipe du CPLJ-93 accompagne, durant deux années consécutives, les professionnels du champ social et éducatif qui mettent en œuvre Des livres à soi dans leurs quartiers. Ils organisent des ateliers-parents et reçoivent toutes les ressources nécessaires à leur bon déroulement, ainsi qu’un appui méthodologique à la conduite du projet.

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Philippe HUGUEN AFP

Grâce à l’aide de la délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture, et dans le but de structurer et pérenniser ce déploiement national, nous avons pu créer une plateforme dédiée de ressources, de contacts et de conseils, et nous sommes en train de réaliser un web documentaire qui permettra de prendre la juste mesure des effets de cette action auprès des parents et au sein des familles.Aujourd’hui, le soutien du ministère de la Culture à travers l’appel à projet action culturelle et langue française lancé par la délégation générale à la langue française et aux langues de France vous donne les moyens de parachever ce déploiement. De quelle façon ?Beaucoup de parents sont peu familiers des bibliothèques : ils y accompagnent leurs enfants mais restent à la porte. Nous allons donc installer, dans les bibliothèques partenaires, un espace dédié « Des livres à soi ». Il sera très identifiable, au moyen d’une signalétique appropriée, et pourvu d’un carrousel de livres dédiés, avec un espace de lecture spécialement dessiné (sièges pour deux, face à face, côte à côte, pour que parents et enfants se sentent à l’aise ensemble dans des fauteuils…), et une programmation spécifique régulière (rencontres-lectures avec des auteurs, temps de « découverte de nouveaux livres » en famille, valorisation des langues parlées par les uns et les autres, ateliers sociolinguistiques, ateliers de fabrication de Pop-up ou d’imagiers…).De sorte que le réseau actuel des protagonistes « Des livres à soi » s’enrichira progressivement du réseau de ces lieux dédiés. L’objectif est clairement de garder le lien avec les parents, qu’ils se sachent attendus et bienvenus en bibliothèque, quelle que soit leur compétence en lecture ou en français. Ils retrouveront les livres qu’ils connaissent et en découvriront de nouveaux. Ils auront envie d’y venir avec leurs enfants et leurs amis, leurs voisins, leur famille, pour se réunir autour du livre, de la parentalité, de la langue et des langues. A coup sûr cela va devenir un lieu de rendez-vous. A la fois pour les publics formés et pour les professionnels qui ont mené le projet. Et nous espérons bien entendu que les uns et les autres auront le désir d’élargir, de propager leur plaisir à d’autres parents. Mais je n’ai pas trop de doute sur ce point.« Des livres à soi » et l’Été Culturel 2021 : 15 à 18 000 enfants bénéficiairesDans le cadre de l’Été culturel, le ministère de la Culture et le CLPJ ont produit uneIncroyable trousse à histoires. Il s’agit d’un kit ludique pour s’approprier d’un même mouvement lecture, écriture, jeu et création, et inviter, sur tout le territoire national, les familles qui ne partent pas en vacances à s’offrir des temps parents-enfants autour de la littérature jeunesse. Des images créées par des artistes : de quoi raconter le monde avec ses propres mots et ses différentes langues.100 villes concernées (métropole et outre-mer), 5000 parents en difficultés vis-à-vis de la lecture (quartiers prioritaires des zones urbaines, péri-urbaines et rurales), 15 à 18000 enfants de familles mobilisées par quelque 200 structures sociales enfance dotées de ces kits d’animation et bénéficiant d’une formation de l’École du livre jeunesse, et 100 librairies indépendantes se retrouvent dans cette action hors du commun.

Des Livres à soi : retours d’expérienceSalon du livre et de la presse jeunesse

 

Publication originale intégrale : culture.gouv.frIls sont libraires, bibliothécaires, éditeurs, passeurs de livres en tout genre et, bien sûr, auteurs. Ces professionnels, qui placent le livre très haut, n’ont qu’une seule envie : susciter le désir de lire. Aujourd’hui, lire pour la petite enfance (5/6).

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© Ted Paczula

« Revitaliser la relation qu’entretiennent les jeunes générations avec la lecture », tel est l’un des axes majeurs de la mobilisation du gouvernement pour cette Grande cause nationale. Les mesures prises consistent à amplifier les actions lancées depuis 2017 et à lancer de nouvelles initiatives. A cet égard, l’opération « Des Livres à soi » est emblématique de cette convergence vertueuse de projets remarquables soutenus par l’État.L’idée cette opération est simple : aider les parents à tisser des liens avec leurs tout-petits autour du livre. Une lecture du soir, à voix haute, par exemple. Pour un enfant, recevoir un tel cadeau est fondamental.Sylvie Vassalo, lire à haute voix et s’approprier des livres dès l’enfance, est-ce là que s’enracine la pratique de la lecture ?Certainement, car la lecture partagée, c’est avant tout une expérience intime. L’album est un média entre le parent et l’enfant, le lieu d’une rencontre très particulière. Et pour faire cette expérience, il faut en avoir avec soi. Lorsque le ou les livres, les histoires qu’ils racontent, prennent une grande importance, ils symbolisent une transmission, un moment, un souvenir très fort. On se les approprie. Ils prennent une grande valeur. Il est important de pouvoir les garder et d’en faire sa bibliothèque familiale. Bref, d’avoir des livres à soi. Cette expérience compte pour toute une vie.D’où le nom de ce dispositif, créé en 2014 : Des livres à soi. A quelle nécessité répond-il ?Il répond à un état de fait malheureux : beaucoup trop de parents manquent de pratique régulière de lecture avec leurs enfants. Or l’on sait combien cela est important, plus tard, pour la réussite scolaire, pour l’épanouissement de soi, pour l’imaginaire. La lecture à voix haute développe les capacités socio-émotionnelles dès le plus jeune âge. Par là, très vite, les enfants comprennent mieux leurs émotions et réfléchissent mieux le monde où ils se trouvent. C’est pourquoi, depuis 5 ans, avec ce dispositif « Des livres à soi », nous allons dans les quartiers les plus déshérités, pour sensibiliser, encourager, familiariser, entraîner la pratique de la lecture dans le cadre familial.Concrètement, comment ça marche ?Le principe est de soutenir et de former des parents qui sont eux-mêmes en difficulté à l’égard de la lecture.  Ils ont beau être convaincus de l’importance du livre pour les enfants, ils se sentent désarmés, pour tout un ensemble de raisons, face à l’injonction de recourir au livre de jeunesse en famille. En partant de la lecture par l’image, dans le cadre d’ « ateliers-parents » animés par des professionnels du champ social et éducatif, ils peuvent acquérir aisément des compétences de « raconteurs d’histoires », et s’emparer des albums pour les partager avec leurs enfants.

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MAY BSIP BSIP via AFP

La longévité du projet prouve son efficacité. Que vous disent les parents à cet égard ?Je ne saurais trop vous dire combien les situations peuvent être transformées et j’aurais de nombreuses anecdotes à vous rapporter. Le sentiment unanime des parents est l’étonnement. Ils s’étonnent qu’il soit si facile et si naturel de rapporter des livres à la maison et de les lire en famille. Ils s’étonnent aussi de voir la puissance des images et des mots dans l’imaginaire de leurs enfants. Mais il y a d’autres effets, comme chez ce couple qui découvre que ce bâtiment devant lequel il passe tous les jours est une bibliothèque : le livre et les lieux du livre deviennent visibles, familiers, amicaux, hospitaliers…Les ateliers sont animés par des professionnels du champ social. Est-ce un plus, à vos yeux ?Certainement. Que des professionnels, qui d’habitude fréquentent ces familles plutôt pour des raisons sociales, comme l’accompagnement à la scolarité ou la recherche d’un lieu de garde, les accompagnent cette fois pour leur parler de livre, de lecture, de littérature, produit chez ces parents une toute nouvelle approche de la langue, libérée de ces questions parfois angoissantes. Cette approche ne les écarte pas pour autant du quotidien, elle les rend même plus apte à le prendre en charge. On voit, par exemple, des parents se sentir plus à l’aise pour aider leurs enfants à suivre leur scolarité.Mieux encore, certains parents, qui se sont formés au partage d’albums avec cette méthode, choisissent de devenir eux-mêmes « formateurs », l’année suivante. Ils se saisissent de l’action culturelle pour prolonger cette expérience, en la faisant partager à d’autres familles.Très vite, le dispositif ne s’est plus limité à la Seine-Saint-Denis. Comment s’est accompli ce changement d’échelle ?Initié en 2014-2015, le projet a été labellisé « agir ensemble contre l’illettrisme » par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI). Il s’est depuis déployé à l’échelle nationale grâce au soutien du ministère de la Culture. Le procédé est simple : l’équipe du CPLJ-93 accompagne, durant deux années consécutives, les professionnels du champ social et éducatif qui mettent en œuvre Des livres à soi dans leurs quartiers. Ils organisent des ateliers-parents et reçoivent toutes les ressources nécessaires à leur bon déroulement, ainsi qu’un appui méthodologique à la conduite du projet.

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Philippe HUGUEN AFP

Grâce à l’aide de la délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture, et dans le but de structurer et pérenniser ce déploiement national, nous avons pu créer une plateforme dédiée de ressources, de contacts et de conseils, et nous sommes en train de réaliser un web documentaire qui permettra de prendre la juste mesure des effets de cette action auprès des parents et au sein des familles.Aujourd’hui, le soutien du ministère de la Culture à travers l’appel à projet action culturelle et langue française lancé par la délégation générale à la langue française et aux langues de France vous donne les moyens de parachever ce déploiement. De quelle façon ?Beaucoup de parents sont peu familiers des bibliothèques : ils y accompagnent leurs enfants mais restent à la porte. Nous allons donc installer, dans les bibliothèques partenaires, un espace dédié « Des livres à soi ». Il sera très identifiable, au moyen d’une signalétique appropriée, et pourvu d’un carrousel de livres dédiés, avec un espace de lecture spécialement dessiné (sièges pour deux, face à face, côte à côte, pour que parents et enfants se sentent à l’aise ensemble dans des fauteuils…), et une programmation spécifique régulière (rencontres-lectures avec des auteurs, temps de « découverte de nouveaux livres » en famille, valorisation des langues parlées par les uns et les autres, ateliers sociolinguistiques, ateliers de fabrication de Pop-up ou d’imagiers…).De sorte que le réseau actuel des protagonistes « Des livres à soi » s’enrichira progressivement du réseau de ces lieux dédiés. L’objectif est clairement de garder le lien avec les parents, qu’ils se sachent attendus et bienvenus en bibliothèque, quelle que soit leur compétence en lecture ou en français. Ils retrouveront les livres qu’ils connaissent et en découvriront de nouveaux. Ils auront envie d’y venir avec leurs enfants et leurs amis, leurs voisins, leur famille, pour se réunir autour du livre, de la parentalité, de la langue et des langues. A coup sûr cela va devenir un lieu de rendez-vous. A la fois pour les publics formés et pour les professionnels qui ont mené le projet. Et nous espérons bien entendu que les uns et les autres auront le désir d’élargir, de propager leur plaisir à d’autres parents. Mais je n’ai pas trop de doute sur ce point.« Des livres à soi » et l’Été Culturel 2021 : 15 à 18 000 enfants bénéficiairesDans le cadre de l’Été culturel, le ministère de la Culture et le CLPJ ont produit uneIncroyable trousse à histoires. Il s’agit d’un kit ludique pour s’approprier d’un même mouvement lecture, écriture, jeu et création, et inviter, sur tout le territoire national, les familles qui ne partent pas en vacances à s’offrir des temps parents-enfants autour de la littérature jeunesse. Des images créées par des artistes : de quoi raconter le monde avec ses propres mots et ses différentes langues.100 villes concernées (métropole et outre-mer), 5000 parents en difficultés vis-à-vis de la lecture (quartiers prioritaires des zones urbaines, péri-urbaines et rurales), 15 à 18000 enfants de familles mobilisées par quelque 200 structures sociales enfance dotées de ces kits d’animation et bénéficiant d’une formation de l’École du livre jeunesse, et 100 librairies indépendantes se retrouvent dans cette action hors du commun.

Des Livres à soi : retours d’expérienceSalon du livre et de la presse jeunesse

 

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